Calandreta, des pédagogies à part

Pour favoriser l’enseignement immersif en occitan, qui se fonde sur une utilisation pragmatique et constante de la langue, les écoles calandreta s’appuient sur des pédagogies actives : les techniques Freinet et la pédagogie institutionnelle. L’idée est de rendre l’élève acteur de ses apprentissages en partant de ses centres d’intérêt et de ce qui fait sens pour lui et en suscitant l’esprit de coopération et d’exploration.

Les techniques Freinet

Les enseignants de Calandreta utilisent des outils inspirés de la méthode Freinet, du nom du célèbre instituteur et pédagogue français (1896-1966).

Une classe Freinet est un atelier propice à la mise en place de projets de classe et d’école, où l’enseignant favorise la découverte et l’expérimentation. L’apprentissage de la vie sociale est au cœur du projet pédagogique, et les enseignants articulent les contenus des programmes avec une pratique en contexte : faire les crêpes à la Chandeleur, ramasser les pommes et le raisin à l’automne puis en faire des confitures, fabriquer le bonhomme Carnaval pour Mardi-Gras. Cela peut être aussi un projet sur toute l’année comme la culture de vers à soie, une correspondance scolaire, etc.

Rendre l’élève acteur de ses apprentissages en partant de ses centres d’intérêt et de ce qui fait sens pour lui et en suscitant l’esprit de coopération et d’exploration.

La pédagogie institutionnelle

Fortement marquée par les techniques Freinet, la pédagogie institutionnelle (conçue par Fernand Oury, 1920-1997), s’oppose au modèle de « l’école assise ». C’est un ensemble de techniques, d’organisations, de méthodes de travail et d’institutions qui place enfants et adultes dans des situations variées exigeant de chacun un engagement personnel, des initiatives.

Les élèves élaborent et respectent les règles de vie de l’école, dont il sont acteurs et citoyens. Le fonctionnement de classe repose sur une idée originale : la vie de groupe est régie par des « institutions », des temps de parole qui permettent quotidiennement une prise de parole individualisée, et donc le développement des compétences langagières.

L’école moderne de Célestin Freinet en 1958

Un documentaire de Séverine Liatard et Séverine Cassar

Célestin Freinet est un pédagogue français né à la fin du XIXème siècle. Issu d’un milieu rural, sa jeunesse se déroule au sein de la communauté paysanne dans une région pauvre des Alpes maritimes. L’expérience pastorale sera pour Freinet le leitmotiv de son expérience éducative. Il entre à l’école normale d’instituteur de Nice.  Lorsque la guerre éclate, il est mobilisé. Grièvement blessé au Chemin des Dames, il ne se remet pas complètement de ses blessures et gardera toute sa vie le souffle court auquel il attribue lui-même, pour partie, la nature de ses innovations en matière d’enseignement. Sa pédagogie est fondée sur différentes techniques : classe-atelier, classe-promenade et observation du milieu naturel ; production de textes libres ; imprimerie et édition d’un journal ; correspondances interscolaires ; individualisation du travail et coopération dans l’apprentissage ; suppression de la notation…

Lors de cette séance publique qui se déroule à Neuchâtel en 1958, Célestin Freinet présente à des parents et à des enseignants les lignes directrices de son enseignement.  Dès les années 1920, il met en pratique avec sa femme Elise, l’essentiel de ses méthodes qui ne sont pas toujours bien comprises. Célestin Freinet va d’ailleurs quitter l’Education nationale pour fonder sa propre école à Vence en 1935 : une école privée, laïque et prolétarienne.

Le mouvement Freinet prend forme peu à peu avec la mise en commun des expériences de chacun et la tenue de congrès réguliers,  la publication de revues pédagogiques comme La Bibliothèque du travail, les Brochures d’éducation nouvelle populaire ou Techniques de vie ou la création après la seconde guerre mondiale, de l’Institut coopératif de l’Ecole moderne (ICEM)  et en 1957, de la Fédération internationale des Mouvements de l’Ecole moderne (FIMEM).

Avec les témoignages et les analyses de Guy Goupil et Michel Barré (anciens instituteurs du mouvement Freinet) etPhilippe Meirieu (professeur de sciences et pratiques de l’éducation à Lyon II).

Bibliographie :
Guy Goupil « Comprendre la pédagogie Freinet », éditions des Amis de Freinet, 2007